Remontées capillaires : causes et traitements

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par Les Experts de l'humidité

Les remontées capillaires sont l’une des causes de la présence d’humidité persistante dans les murs d’une cave ou du rez-de-chaussée d’une maison. À terme, elles provoquent des dommages aux murs et à leur revêtement. La présence d’humidité persistante a aussi potentiellement des conséquences sur le mobilier et la santé des occupants.

Obéissant à des lois physiques spécifiques, le phénomène de remontées capillaires doit être avéré pour entreprendre les travaux de correction adéquates, et ne pas choisir des traitements inadaptés.

Qu’est-ce qu’une remontée capillaire ?

Traces d'humidité sur le mur (photo Shutterstock - Cunaplus)
Traces d’humidité sur le mur (photo Shutterstock – Cunaplus)

Une remontée capillaire désigne l’humidité présente dans le sol qui remonte par capillarité dans les murs constitués de matériaux poreux. Les remontées capillaires résulte de la conjonction de plusieurs phénomènes :

  • la présence d’eau en sous-sol à plus ou moins grande profondeur (nappe phréatique, source, rivière souterraine), sans qu’elle soit nécessairement en contact direct avec les fondations ;
  • le mouvement ondulatoire de cette eau provoquant en sa surface l’éclatement du liquide en micro-particules et la création de champs électromagnétiques, facilitant sa remontée par les capillaires du sol et des murs. Lors de sa remontée, cette eau se charge en sels minéraux ;
  • la différence de polarité entre le mur sec et l’eau contenue dans le sol, incitant cette dernière à migrer vers le haut via des matériaux poreux. Les sels minéraux (nitrate, potasse) contenus dans les particules d’eau contribuent au phénomène en s’accumulant petit-à-petit au niveau de la frange d’évaporation, renforçant cette différence de potentiel électrique. L’effet de mèche peut également jouer en partie mais sans être la cause principale des remontées capillaires.

Le phénomène est accentué en cas de forte chaleur extérieure car le mur va transpirer, créant un appel accru d’humidité.

Quelles constructions sont vulnérables au phénomène de remontées capillaires ?

Humidité sur un mur - Shutterstock

Les bâtiments anciens sont les plus souvent concernés, notamment ceux construits avant les années 1950-1960 et l’apparition des vides sanitaires et des coupures de capillarité (arase étanche). Toutefois, pour diverses raisons, notamment des malfaçons sur ces systèmes préventifs, les constructions récentes peuvent également être touchées.

Les matériaux utilisés en maçonnerie, ainsi que les types de mortier et d’enduit, jouent sur le phénomène de remontées capillaires. Par exemple, alors que le granit en lui-même est particulièrement étanche, une pierre de taille tendre, de type tuffeau, favorisera le phénomène de remontées capillaires. Mais, même dans le cas d’un matériau de construction peu poreux, les remontées capillaires pourront être favorisées par le mortier de jointoiement.

À noter que dans le cas de bâtiment anciens, l’imperméabilisation récente des sols (trottoirs, dallages, terrasses…) a renforcé les problèmes liés aux remontées capillaires. En effet, l’eau ne pouvant plus s’évaporer naturellement par les sols, elle a petit-à-petit pris le chemin des murs.

Comment reconnaître une remontée capillaire ?

Les symptômes des remontées capillaires peuvent être nombreux et sont normalement facilement reconnaissables. En cas de doute, n’hésitez pas à faire appel à un expert : les remontées capillaires nécessitent des traitements spécifiques, et parfois coûteux, qui n’auront aucun effet sur d’autres sources d’humidité.

Remontées capillaires (photo AQC)
Remontées capillaires (photo AQC)

La remontée capillaire apparaît à la base du mur et remonte progressivement jusqu’à ce que l’humidité puisse être évacuée par transpiration. Ainsi, le plus souvent, les traces apparaissent sur 40 à 150 cm de hauteur selon la configuration du mur. Normalement, toute la longueur du mur est concernée, sauf en cas de barre d’étanchéité partielle. Une remontée capillaire peut même apparaître bien plus haut si un enduit étanchéifiant, empêchant l’humidité de s’évacuer, a été appliqué sur les murs.

Les principaux critères pour évaluer la présence de remontées capillaires :

  • Une frange d’humidité irrégulière (sous forme de vagues) le long du mur, jusqu’à une hauteur maximale d’1,50 mètres environ (parfois plus si usage d’un enduit d’étanchéité) ;
  • L’apparition de dépôts blanchâtres (efflorescences – sels minéraux) plus ou moins visibles, particulièrement au niveau de la frange d’humidité. Ces dépôts sont également connus sous le nom de salpêtre ;
  • Des traces d’humidité constantes, indépendamment des apports d’eau dus aux événements climatiques ;
  • Le potentiel électrique du mur au-delà de 50 millivolts (mesurable par un voltmètre).
Remontées capillaires - Salpêtre - Shutterstock

Les dommages engendrés par les remontées capillaires, outre la frange d’humidité et l’apparition d’efflorescences, sont multiples : dégradation des enduits ou peintures, décollement du papier peint, décoloration de la maçonnerie, fissures, éventuellement apparition de tâches et moisissures…

Les traces de remontées capillaires sont évidemment constatées principalement sur les murs de la cave, d’un sous-sol semi enterré ou des pièces du rez-de-chaussée. Mais attention à l’emploi de produits étanchéifiants pouvant déplacer le problème des remontées capillaires jusqu’à l’étage.

Les autres causes de l’humidité persistante dans les murs

L’humidité concentrée au pied des murs d’une maison n’est pas systématiquement due aux remontées capillaires. D’autres phénomènes existent tels que :

  • l’effet de mèche : l’eau présente en sous-sol est directement en contact avec les matériaux de construction qui l’aspirent (tel un sucre en contact avec un liquide). Dans ce cas, la frange d’humidité est normalement plus régulière, moins haute et moins chargée en sels minéraux ;
  • la pression hydrostatique : l’eau contenue dans le terrain exerce une pression latérale sur les fondations et murs en sous-sol, provoquant des infiltrations ou un effet de mèche. Ce phénomène est notamment constaté sur les terrains en pente ou si l’eau présente en sous-sol est trop proche de la surface ;
  • les infiltrations d’eau par la façade : si les murs extérieurs de la maison sont mal étanchéifiés (enduit non étanche, fissures…), l’eau de pluie peut s’infiltrer, même au pied des murs. C’est notamment le cas lors du rejaillissement des eaux de pluie s’égouttant du toit ;
  • l’obstruction d’un drain si la maison est entourée d’un drainage périphérique.

De manière générale, l’absence d’efflorescences et un potentiel électrique nul ou faible doit vous orienter vers une cause différente de la survenance de traces d’humidité.

Bien sûr, avant la mise en œuvre de travaux pour traiter les remontées capillaires, il est nécessaire de mener une étude éliminant les autres causes possibles de présence d’humidité dans les murs. Des raisons simples comme le percement d’une canalisation ou un manque flagrant de ventilation doivent également être envisagés.

Les traitements à mettre en œuvre contre les remontées capillaires

Traiter des remontées capillaires demande une bonne évaluation de la situation et des conséquences à court et moyen terme de la mise en œuvre du traitement. Si l’on est bien en présence de remontées capillaires, les seules solutions viables et pérennes doivent empêcher l’eau de remonter par les murs, en créant des barrières d’étanchéité au pied des murs des pièces du rez-de-chaussée (éventuellement semi-enterrés) ou en inversant le sens de migration de l’eau.

Empêcher les murs de respirer n’est pas une solution ! L’usage d’un produit étanchéifiant ou la mise en place d’un cuvelage alors que l’eau est déjà présente dans le mur ne fait que déplacer le problème et, pire, contribue à la dégradation interne des murs et fondations. Cette solution ne peut être envisagée qu’en cas de pression hydrostatique importante.

Dans la plupart des cas, l’intervention d’un expert est requise. C’est lui qui saura définir quel traitement est le plus approprié en fonction de la configuration de la maison et des matériaux utilisés.

L’injection de résine hydrophobe

Trous d'injection de résine
Trous d’injection de résine

Le traitement par injection de résine hydrophobe, composée de silicones, a lieu après avoir foré des trous à intervalles réguliers à la base du mur concerné. Concrètement, les particules de résine se solidifient au contact de l’eau pour créer une barrière d’étanchéité chimique dans le mur. Pour être efficace, cette barrière d’étanchéité doit être continue : le traitement par injection est donc recommandé dans les maçonneries régulières.

Cette technique présente l’avantage d’être efficace rapidement grâce à la barrière étanche créée (il est toutefois nécessaire de laisser le temps au mur de sécher durant plusieurs mois après l’injection). Son coût s’étale de 20 à 200 € le mètre linéaire et dépend à la fois du type de résine injectée et du mur à traiter.

Attention, son effet peut parfois s’atténuer avec le temps, ce qui signifie qu’il faudra renouveler l’opération par la suite. De plus, il est difficile de la mettre en œuvre dans le cas de murs creux, en parpaings ou briques creuses. Enfin, les coupures anti-capillaires devant être mises en place au dessus des sols intérieur et extérieur, cette technique n’est pas viable pour l’assèchement de murs enterrés, comme les autres traitements créant une barrière d’étanchéité horizontale.

Cette première solution est très souvent proposée par les spécialistes de la lutte contre les remontées capillaires. Les magasins de bricolage grand public vendant le produit nécessaire, elle peut être réalisée par un « bon bricoleur », à condition de respecter parfaitement les règles de l’art. Faire appel à un expert permet cependant de bénéficier d’une garantie et de maîtriser les tenants et aboutissants de la méthode : mélange résine-eau nécessaire, angles de forage et pression d’injection.

La saignée murale avec membrane d’étanchéité

Le plus souvent réservée à la rénovation complète d’un bâtiment, cette solution est pérenne dans le temps mais demande une grande expertise pour sa mise en œuvre. Le principe de cette technique repose sur la réalisation de saignées, mètre par mètre, dans les murs concernés par les remontées capillaires. Ces saignées doivent se situer légèrement au dessus du niveau du terrain naturel. Ensuite, une membrane d’étanchéité synthétique contre l’humidité ascensionnelle y est insérée puis le mur est remaçonné.

D’une certaine façon, la saignée avec membrane d’étanchéité recrée l’arase étanche qui n’avait pas été réalisée lors de la construction de la maison.

Le coût d’une telle solution est difficilement calculable puisqu’il s’insère dans un projet plus global de rénovation de la maçonnerie. En raison des risques engendrés par la fragilisation de murs porteurs, il est impératif de faire appel à une entreprise spécialisée pour ce type de solution.

L’électro-osmose

Cette solution est préconisée pour tous les types de murs et proposée par certains experts en humidité du bâtiment et en traitement des remontées capillaires. L’électro-osmose consiste à inverser le sens de migration de l’eau pour la chasser du mur. Elle existe en plusieurs variantes.

La première, dite passive, est constituée d’électrodes en cuivre incluses dans le mur et reliées à des prises de terre dans le sol. Les électrodes sont chargées positivement, la terre négativement, ce qui crée un faible champ magnétique qui repousse l’eau vers le sol. L’électro-osmose active fonctionne selon le même principe mais comprend une batterie qui renforce l’inversion de polarité.

Une autre variante est l’électro-osmose – phorèse, qui adopte des électrodes de cuivre enrobées d’un mortier de phorèse. Au contact du champ électrique, celui-ci se dégrade lentement et les particules ainsi créées se diffusent dans les pores pour les obstruer définitivement.

Dans le cas de remontées capillaires, l’électro-osmose, passive ou active, peut être efficace mais doit être maintenue en permanence pour éviter que l’eau remonte dans les murs. Les électrodes se corrodant, elles ont besoin à terme d’être changées. En revanche, l’électro-osmose – phorèse est plus durable puisque, après le maintien du dispositif durant une période de 18 mois, les particules diffusées créent une barrière définitive.

L’électro-osmose électronique : l’inverseur de polarité

Inverseur de polarité StopRise
Inverseur de polarité StopRise

Cette technologie ne nécessite pas d’électrode et est durable dans le temps… tant que le boîtier électronique posé fonctionne. Son principe repose sur la création d’un champ magnétique artificiel qui contre en temps réel celui de la terre, empêchant ainsi l’eau de remonter dans les murs par capillarité. En complément, l’électro-osmose électronique permet d’assécher le bâti.

Sa pose coûte de 5 000 € à plus de 8 000 €. En général, le concessionnaire assure le remplacement du boîtier pendant 10 à 30 ans selon le contrat.

Par leur mise en œuvre plus simple et la réduction du choc hydrométrique lié à l’assèchement des murs, les techniques d’électro-osmose, électronique ou non, sont utilisées pour les grands bâtiments, et notamment pour les monuments (châteaux, églises…).

Les traitements pas ou peu adaptés

Comme nous l’avons vu plus haut, le phénomène de remontées capillaires est bien spécifique et nécessite des traitements adaptés. Certaines solutions préconisées dans la lutte contre l’humidité dans la maison ne conviennent pas, voire sont contre-productives :

  • Le drainage périphérique : même s’il réduit la quantité d’eau s’accumulant en sous-sol, il convient plutôt pour canaliser les eaux de ruissellement et limiter l’effet de mèche (voire dans le cadre d’une pression hydrostatique légère). Le drainage peut être couplé à un siphon atmosphérique mais, s’il est inadapté, entraînera plus de dommages que de solutions en modifiant les mouvements d’eau en sous-sol.
    Un drainage périphérique ne corrigera donc pas les problèmes liés aux remontées capillaires. Il peut néanmoins participer à l’aération des murs.
  • Le drainage intérieur est adapté pour les pièces en sous-sol faisant face à une pression hydrostatique latérale.
  • Le cuvelage n’est adapté que dans le cas d’une pression hydrostatique latérale importante : son rôle n’est plus de canaliser, chasser ou stopper en amont l’eau, mais de protéger les pièces exposées à l’humidité par l’application de produits étanches. Dans le cas de remontées capillaires, un cuvelage s’avérera néfaste, empêchant la respiration du mur et favorisant sa dégradation.

Dans tous les cas, pour la pérennité du bâti, et s’il n’est pas possible de mettre en œuvre l’une des solutions présentées ci-dessus, il est préférable de laisser respirer au maximum les murs de la maison (phénomène de perspirance).

Favoriser l’évacuation de l’eau contenue dans les murs évitera l’accumulation de sels minéraux néfastes pour les matériaux et, éventuellement, le développement de moisissures et autre champignons. La mise en place d’une bonne ventilation et d’une circulation de l’air adaptée (notamment au sein d’un doublage) aidera grandement à atténuer les conséquences des remontées capillaires. Il ne faut jamais « enfermer » l’humidité !

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